Traditionnellement envisagé comme spécialiste et comparé à l’expert-comptable, le trésorier occupe une place nouvelle dans l’entreprise. Depuis la crise de 2008, les directions financières ont pris conscience de l’importance de la maîtrise du risque de liquidités. Le rôle du trésorier s’en trouve considérablement modifié. Bien moins spécifique, bien plus stratégique, ce rôle est désormais multiple et requiert de plus en plus d’expertise dans des domaines variés tels que la fiscalité, la finance, la comptabilité ou encore la réglementation.

 L’optimisation de la trésorerie des entreprises est une tâche qui s’est complexifiée avec l’apparition de nouveaux facteurs à prendre en compte. Le contexte actuel de mondialisation et de concurrence accrues, le durcissement de la réglementation dans le secteur bancaire et de l’assurance avec Bâle III et Solvabilité II, la volatilité actuelle qui caractérise les marchés ou encore la période de taux d’intérêts exceptionnellement bas fixés par les banques centrales conditionnent la réflexion stratégique du trésorier d’entreprise. De plus, la crise et les nouvelles technologies ont favorisé l’essor de la cybercriminalité: le trésorier groupe se retrouve propulsé au cœur de la lutte contre la fraude.

 A son activité principale de gestionnaire des liquidités s’ajoutent désormais de nombreuses missions. Sur le plan stratégique, le trésorier doit s’informer de l’apparition de nouvelles innovations technologiques (dématérialisation des factures, logiciels de prévisions de trésorerie, modernisation des moyens de paiement,…). Pour optimiser la trésorerie, les moyens traditionnels ne suffisent plus pour rester compétitif à l’échelle locale et mondiale. Devant l’offre pléthorique de nouvelles solutions en apparence toutes aussi bénéfiques les unes que les autres, l’évaluation du trésorier portant sur les nouveaux outils à adopter est fondamentale pour l’optimisation de la trésorerie.

De plus en plus de trésoriers se voient à présent chargés de communiquer avec les différents partenaires financiers sur l’état de la trésorerie groupe; cette nouvelle fonction ainsi que la participation accrue des trésoriers aux opérations de fusions-acquisitions témoigne du changement de rôle du trésorier, qui sort de l’ombre pour prendre part aux étapes importantes de la vie de l’entreprise. Le trésorier devient en effet le garant de la crédibilité d’un groupe dans les opérations d’envergure. Au sein des directions financières, l’évaluation des flux de trésorerie générés par une opération de fusion-acquisition est désormais l’apanage du trésorier.

Dans le contexte actuel de forte volatilité sur les marchés et de taux bas, le trésorier se positionne également en gestionnaire des risques. Auparavant, le placement d’excédents de trésorerie dans les OPCVM était une pratique répandue. Maintenant, les placements moins risqués sur le moyen et long terme semblent une sécurité à prendre par le trésorier. Conserver le cash est devenu la priorité numéro un des trésoriers, là où il s’agissait de le faire fructifier auparavant.

 La gestion du risque inclut dorénavant la lutte contre la fraude: comme l’a montré l’exemple de BeIN Sports en février 2014, la « fraude au président » et la « fraude au RIB » menacent les trésoreries des groupes. L’offre en matière d’assurances contre le risque de fraude a explosé, et c’est au trésorier qu’incombe la responsabilité de savoir prémunir son groupe contre la cybercriminalité en sélectionnant attentivement la ou les bonnes assurances et en prévenant son organisation des comportements à adopter pour plus de prudence lors des validations de virements bancaires.

Pour mener à bien sa mission de gestion du risque, le trésorier est à présent en mesure d’évaluer les risques de l’internationalisation. Il connaît les situations des pays dans lesquels le groupe envisage une croissance externe afin d’éviter des pertes de cash importantes. Il anticipe également l’évolution des devises afin de pallier le risque de change.

Face à tant de missions cruciales à réaliser, comment le trésorier d’entreprise peut-il rester performant ?

 Il semblerait que la trésorerie ne soit plus seulement un moyen de financer l’exploitation mais le réacteur de toute direction financière. Ainsi, le trésorier est devenu un stratège financier avec deux missions principales: l’analyse des risques (de change, de liquidité, de fraude externe et interne, …) et le lancement de grands chantiers dans la perspective d’optimiser la trésorerie. Il va sans dire que pour mener à bien ces deux responsabilités, il s’avère nécessaire de déléguer voire de sous-traiter une partie des activités qui étaient traditionnellement la prérogative du trésorier d’entreprise, telles que l’affacturage ou la construction fastidieuse de prévisions de trésorerie. La capacité des organisations à repenser leur département en charge de la trésorerie et des financements va de pair avec leur aptitude à rester compétitif. Il en va de la survie financière de nombreux groupes.

Constance Gavini